Le Neurone

Publié le 19 Juin 2012

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Dans l’ombre noire de ….

Oh  oh, c’est le début d’une histoire qui nait dans mon cerveau, je le sais, je reconnais cette sensation particulière dans ma tête, elle ressemble exactement à une  démangeaison de la voute plantaire quand on est chaussé de bottes  lacées, dont on sait que, le temps qu’on se déchausse, elle sera passée.

C’est d’autant plus frustrant que cette fois, le Neurone qui produit cet effet refuse d’aller plus loin, il bloque sur cette d’ombre de je ne sais quoi.  Et la démangeaison persiste. 

Je sais bien ce qu’il veut, ce qu’il attend de moi. Il veut que je lui consacre toute mon attention, que je fasse le vide, que je chasse les autres pensées, celles qui font que je suis, que j’existe… Il veut prendre la main sur mes mains, les visser au clavier, manipuler mes doigts sans mon consentement, il veut le pouvoir pour lui tout seul.  
Mais je ne suis pas d’humeur à me laisser mener par un seul neurone, et surtout pas celui-là. D’abord, une ombre noire, ça ne veut rien dire, c’est toujours noir une ombre… une ombre noire c’est un pléonasme… Mais le Neurone me chuchote que non, qu’une ombre ça peut être bleutée, ou verdâtre, ça peut être épais et goudronneux comme une glaire de fumeur, ou aérien, léger, fugace comme un clignement d’oeil, ou sombre et profond comme un lac de montagne. Non, non et non, je ne me laisserai pas entraîner dans ce jeu-là Neurone !  J’ai d’autres axones à fouetter, tiens, regarde, je joue, mes mains que tu désires tant emprisonnent une manette de jeux avec tellement de boutons qu’on dirait qu’elle a de l’acnée, et sur l’écran qui n’est pas celui de l’ordinateur, une elfe de pixels guidée par ma volonté combat un Troll imaginé par d’autres, dessiné, animé par d’autres, un troll qui n’a pas besoin de mots. Arrête de m’ennuyer avec tes ombres, je vais rater mon combo !

Le Neurone a pris acte, il se tait. Longtemps. Mais c’est un Neurone obstiné, têtu même. Il est revenu à la charge, ce matin, entre la sonnerie du réveil et le bruit du camion poubelle, dans cet instant exigu qui sépare le rêve de l’éveil, lorsque tous les autres neurones baissent la garde.

Fuligineuse l’ombre…

D’accord Neurone, tu la veux fuligineuse, pourquoi pas ? C’est un joli mot « fuligineuse », mais ça ne suffit pas à faire une histoire. Fuligineuse donc, mais l’ombre de quoi ?

Voilà, il exulte le Neurone, il sait déjà qu’il me tient, d’un mot, il a évincé les autres neurones, ceux qui font leur travail de neurones obéissants, il a pris le contrôle sur mes prochaines nuits. Il m’empêchera de dormir, il hantera mes moments de calme et toutes mes colères, il occultera mes soucis, mes angoisses, mes peurs, il me rendra imprudente et dolente à la fois jusqu’à ce qu’il ait fini de raconter l’histoire qui l’habite. D’un mot, d’un seul, « fuligineuse », il a gagné son temps d’existence.


Rédigé par Fomahault

Publié dans #A suivre...

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Commenter cet article

michelDalmazzo 21/10/2012 12:40


il y a toujours quelque bestiole qui tourne en rond dans notre tête, il lui arrive même de nous forcer à ceci ou celà, pire à se prendre pour nous.. Saleté de saleté. Résistance, résistance..

bauds 29/09/2012 09:36


Ah, les histoires à Fofo, c'était le bon temps !

bauds 04/07/2012 16:09


Ouf ! Sur le moment, j'ai cru qu'il s'agissait du boson de Higgs.

BMB 02/07/2012 22:00


Et bien moi si j'étais neurone chez Claude je te harcelerais bien plus encore pour avoir mon histoire quotidienne ! allez au boulot fainéante !

jacquesjer 01/07/2012 13:07


un coucou en passant