Les îles éparses (1)

Publié le 14 Octobre 2016

Marianne coupa le moteur du vieux 4x4 qu'elle venait de garer devant le minuscule parvis de Sainte Rita de Foncroze. Lorsque les essuies glace cessèrent de hacher son horizon, elle constata avec mélancolie que dans le crachin d'octobre la petite église était plus laide que jamais.

Dire que Sainte Rita de Foncroze ne présentait qu'un mince intérêt esthétique, comme l'affirmait l'encyclopédie en ligne, c'était la litote du siècle ! Le bâtiment étroit et long dont la symétrie était massacrée par une absidiole semi-circulaire d'un coté et un petit clocher carré de l'autre avait été couvert à la fin du 19ème siècle d'un enduit grisâtre ligné pour imiter des pierres de taille dans une vaine tentative de restauration qui ne trompait personne.

Les vantaux originaux en chêne sculpté de la porte principale avaient disparu lors d'une autre rénovation hasardeuse et avaient été remplacés par deux battants métalliques cloutés dont le bruit résonnant avec force dans la nef lorsqu'on les fermait n'était pas sans rappeler celui d'une porte de prison.
Le presbytère adossé a l'église avait bien meilleure allure. C'est lui qui avait attiré son attention, ce beau matin de mai. Sur la photo, elle n'avait cadré que lui, le porche dans son écrin de glycine fleurie de longues grappes parme, les petites fenêtres du rez de chaussée alignées comme des soldats à la parade, les grosses pierres moussues du seuil, le rayon de soleil qui caressait le toit de tuiles rosées parsemé de touffes d'aphyllante de Montpellier du même bleu que le ciel dont elle n'avait gardé qu'une étroite bande .

La perspective qu'elle avait choisie donnait l'impression que la bâtisse s'étirait vers un infini, à peine borné par un muret de pierres sèches.

Engoncé dans un gros pull-over sous un caban de laine, Loïc vint l'aider à décharger les citrouilles qu'elle ramenait de chez le maraîcher. Creusées pour servir de soupière, elles seraient remplies d'un velouté crémeux, légèrement parfumé de muscade et de cannelle et d'une pointe de fève tonka. Marianne avait testé la recette à plusieurs reprises avant de trouver l'accord des épices, jusqu'à ce que Loïc finisse par lui dire qu'il ne pouvait plus voir une citrouille que ce soit en photo, en peinture ou dans la cuisine !

Le froid qui régnait dans le presbytère la surprit encore une fois. Ces putains de murs de pierre ne se réchaufferont donc jamais pensa-t-elle en rajoutant une bûche dans la cheminée. L'installation d'une chaudière à granulé de bois qu'ils avaient envisagée n'était plus à l'ordre du jour et les petits radiateurs électriques d'appoint qu'ils avaient achetés ne pouvaient lutter contre ce mois d'octobre qui s'obstinait à se prendre pour un mois de décembre.

La rénovation de l'église avait englouti les fonds qu'ils avaient obtenus de la banque. Même si la divine surprise que Sainte Rita leur avait réservée en valait vraiment le coup.

Car si l'extérieur de l'église était triste et miteux, l'intérieur cachait jalousement un trésor imprévu qu'ils avaient mis à jour en décroûtant les multiples couches d'enduit qui l'avaient protégé pendant des siècles....

(à suivre)

Rédigé par Fomahault

Publié dans #A suivre...

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