Le tablier à fleur (2)

Publié le 12 Octobre 2016

(le premier épisode de cette histoire est ici)

Cette année, je n'ai pas vu le tablier à fleur glisser dans le jardin, d'ailleurs, je n'ai pas non plus vu le jardin bien souvent, occupée que j'étais à soigner des chatons perdus.
Le potager écrasé par la chaleur d'un été de plomb a dépéri faute d'arrosage, ne livrant à notre convoitise qu'une ou deux minuscules tomates difformes, le plumbago du cap livré à lui-même a colonisé les iris mauves, la vigne non taillée n'a produit que des grains minuscules que nous avons pressés pour en faire des jus, le chiendent coriace a repoussé partout, et les épillets se sont adjugé les rares espaces épargnés par le chiendent... Le jardin a payé le prix des soins que nous donnions à d'autres.

La maison empoussiérée a frémi des miaulements de ces petites vies fragiles qu'on nous avait confiées et que nous nous sommes appliqués à sauver mon tendre époux et moi.

Tout au plus, une fois, alors que mon doudou portait une petite chose agonisante pour lui montrer au moins une fois que le monde était vaste et l'attendait, tandis qu'il chantait une berceuse pour le convaincre de lutter, ai-je cru apercevoir le sourire attendri de la vieille dame, penchée sur son épaule, et sa main voleter comme une caresse au-dessus du chaton blanc qui venait juste de cesser de respirer.

Est-ce cette caresse, ou le massage affolé que lui a prodigué mon mari qui ont rendu à ce tout petit l'envie de vivre. J'ai envie de croire qu'il fallait la conjonction des deux. Et ce jour-là, la vieille dame compatissante nous a gratifiée d'une vie.

(à suivre)

Rédigé par Fomahault

Publié dans #A suivre...

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